Foire aux questions
Maladie de Parkinson :
Les cannabinoïdes sont-ils efficaces dans le traitement de la maladie de Parkinson ?
Réponses :
-
Kirsten Müller-Vahl
La localisation de récepteurs aux cannabinoïdes de type central dans le cerveau autant que les résultats d'études chez l'animal , suggèrent que les cannabinoïdes pourraient être efficaces pour le traitement des mouvements anormaux d'origine neurologique. Jusqu'ici, des essais cliniques portant sur un nombre restreint de patients ont apporté la preuve de l'efficacité des cannabinoïdes dans le traitement des tics du syndrome de Tourette et dans celui d'autres dyskinésies hyperkinétiques comme la dystonie.
Pour le moment on ne dispose que de cas anecdotiques concernant les recherches cliniques sur l'effet des cannabinoïdes dans le traitement de la maladie de Parkinson. Dans une étude de 1990 il n'est apparu aucun changement dans les signes cliniques de 5 patients parkinsoniens qui avaient fumé une cigarette de cannabis. Une autre étude a vérifié les effets du cannabidiol (CBD) chez 8 patients souffrant de dystonie, une dyskinésie hyperkinétique. Pendant qu'on observait une action bénéfique du CBD sur la dystonie, on a pu noter la détérioration d'une composante de signes parkinsoniens coexistants chez deux patients de ce groupe.
Cependant, plusieurs études animales démontrent nettement que dans la maladie de Parkinson il n'existe pas seulement une diminution de la concentration en dopamine mais qu'on pourrait aussi se trouver face à une anomalie du système central des récepteurs aux cannabinoïdes. En outre, on a suggéré une synergie fonctionnelle étroite entre la dopamine et les cannabinoïdes endogènes. On a trouvé une multiplication par 7 de la concentration en cannabinoïdes endogènes dans un modèle animal standard de la maladie de Parkinson. Le traitement à base de médicaments anti- parkinsoniens(antagonistes dopaminergiques) a débouché sur une amélioration de la symptomatologie parkinsonienne avec une réduction simultanée des taux élevés de cannabinoïdes endogènes.
De plus, des études animales nous suggèrent que le traitement par la L-Dopa(un médicament anti-parkinsonien) entraîne un changement du système des récepteurs centraux CB1(augmentation du nombre de récepteurs aux cannabinoïdes dans des régions spécifiques du cerveau). Dans les modèles animaux de la maladie de Parkinson, on a démontré que le traitement par les anti-parkinsoniens améliorait la motricité volontaire cependant que l'administration simultanée de cannabinoïdes produisait l'apparition de symptômes identiques à la maladie de Parkinson.
D'après les données de la recherche, il est permis de spéculer sur la possibilité de voir les bloquants des récepteurs aux cannabinoïdes(antagonistes) - drogues agissant exactement à l'inverse des cannabinoïdes agonistes - s'avérer utiles dans le traitement de la maladie de Parkinson. Pour le moment, cependant, les antagonistes des récepteurs aux cannabinoïdes n'ont pas été l'objet d'études cliniques chez des patients atteints par cette maladie.
-
Sieradzan et collègues
La Lévodopa (L-Dopa) est le médicament anti-parkinsonien le plus efficace connu à ce jour. Cependant, le traitement à long terme par la L-Dopa se complique souvent par l'apparition d'une dyskinésie induite par cette drogue. Les options thérapeutiques visant à contrôler la réduction de ces mouvements anormaux sont limitées.
Nous avons mené une étude croisée randomisée en double aveugle à contrôle placebo avec 7 patients parkinsoniens afin d'évaluer l'effet du nabilone, un agoniste des récepteurs aux cannabinoïdes, dans le traitement de la dyskinésie induite par la L-Dopa. Nos résultats ont mis en évidence une réduction significative des mouvements dyskinétiques après le traitement par le nabilone. Le nabilone n'a pas eu d'effet sur l'action anti-parkinsonienne de la L-Dopa
Des études animales ont établi, avec surprise, qu'un puissant antagoniste des récepteurs aux cannabinoïdes (SR141716A) avait lui aussi une action anti-dyskinétique. Nous suggérons que le nabilone pourrait agir préférentiellement dans une autre région cérébrale que celle du SR141716A. Les deux actions, cependant, pourraient aboutir à la réduction des mouvements dyskinétiques.
Modifié d'après : Sieradzan KA, Fox SH, Hill M, Dick JPR, Crossman AR, Brotchie JM. Cannabinoids reduce levodopa-induced dyskinesia in Parkinson's disease: a pilot study. Neurology 2001;57:2108-2111.